Front de Gauche pour changer l'Europe.

 

 

 

FRONT DE GAUCHE POUR CHANGER D’EUROPE

 

Déclaration de principes

 

 

 

Les élections européennes vont se dérouler dans un contexte de crise historique du capitalisme. Depuis prés de trois décennies celui-ci s’est engagé sur la voie d’une déréglementation généralisée monétaire, financière, bancaire et commerciale sous la pression des firmes multinationales. Une véritable dictature de l’actionnariat et une mondialisation sans règle ont abouti à la multiplication des délocalisations et à la compression des salaires. Cette dérégulation particulièrement portée par les Etats-Unis, a conduit à la fuite dans l’endettement intérieur, à la faiblesse du dollar et aux interventions militaires à l’extérieur, comme en Irak et au Moyen Orient. Elle débouche aujourd’hui sur une récession économique de grande ampleur ; elle entraîne un chômage grandissant, des difficultés financières pour des millions de citoyens, le démantèlement des services publics, la destruction d’importants secteurs industriels. Elle s’accompagne de tensions sociales et politiques qui entraînent de profonds reculs pour la démocratie : atteintes à l’indépendance des médias et de la justice, mise en cause des libertés individuelles au nom d’une conception dévoyée de l’ordre public qui réprime les lutes sociales et utilise la démagogie émotionnelle au nom de la sécurité. Dans le même temps, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement prévisible des ressources d’hydrocarbures posent le problème de la soutenabilité d’un modèle de développement insuffisamment soucieux d’économiser les biens rares de l’humanité. 

 

Tous ces dangers sont le résultat de choix politiques qui placent la rentabilité financière des capitaux et la concurrence au dessus de toute considération humaine. Multidimensionnelle, la crise est celle de tout un modèle de développement source d’inégalités monstrueuses, de gaspillages incommensurables des ressources de la planète au mépris de l’environnement. Un modèle qui déconnecte la sphère financière de  la production créatrice de valeur sociale, développe la marchandisation de toute la société, le productivisme et le consumérisme au mépris de l’humain et de l’intérêt général.

 

L’Union européenne est totalement engagée dans ce modèle néolibéral en échec, particulièrement au fil des vingt dernières années. Il imprègne ses traités, ses structures, ses politiques. Il est réaffirmé dans le traité de Lisbonne. Cette crise est donc aussi l’échec de l’« Europe libérale » : celle de l’ « économie de marché ouverte où la concurrence est libre » ; celle de « l’interdiction de toute entrave à la libre circulation des capitaux » ; celle du libre-échange généralisé et de son corollaire : la mise en concurrence des territoires et des peuples pour tirer leurs acquis sociaux vers le bas ; celle d’une BCE échappant à la souveraineté  populaire et totalement dévouée aux marchés financiers ; celle d’un « pacte de stabilité » visant à faire baisser les « coûts » salariaux et à rationner les dépenses sociales ; celle de la libéralisation des services publics, de la déréglementation, des privatisations; celle de la concentration des pouvoirs loin des citoyennes et des citoyens ; celle qui au nom de la « compétitivité » fragilise en même temps que le tissu social, l’environnement et le « vivre ensemble » lui-même.

 

 

Une exigence émerge de cette expérience: « il faut changer d’Europe ! ». Cette exigence est majoritaire en France depuis 2005 et elle ne cesse de grandir à travers le continent. Des millions d’hommes et de femmes se mobilisent pour faire entendre leur colère, leur soif de justice et de changement. Ces mouvements sociaux sont en plein essor. Ils appellent des réponses politiques à la hauteur des exigences de l’heure.

 

 

Les forces de gauche sont ainsi confrontées à un triple défi : celui de se montrer utiles aux peuples dans une situation qui s’annonce comme devant être de plus en plus dramatique ; celui d’être capables de gagner la bataille des idées sur les choix stratégiques à faire pour s’attaquer aux racines du mal, celui de réussir à rassembler autour de ces choix suffisamment de femmes et d’hommes pour ouvrir une perspective de changement. 

 

C’est dans ce contexte que vont se tenir les élections européennes du 7 juin prochain. Elles constituent l’occasion  pour nos concitoyennes et nos concitoyens d’exprimer avec force et dans la clarté quelle politique ils entendent sanctionner et quelle Europe ils souhaitent construire. C’est pour créer les conditions d’une telle dynamique que les organisations signataires de la présente déclaration ont décidé d’unir leurs efforts dans un « Front de gauche  pour changer d’Europe ». Ce Front reste ouvert à tout autre parti de gauche partageant ces objectifs et cette démarche. Il vise à rassembler les citoyennes et les citoyens des courants politiques progressistes, écologistes, du mouvement syndical, social et associatif qui partagent cette ambition.

 

Nous voulons que ce scrutin sanctionne les responsables de cette Europe libérale, synonyme de régression sociale et d’absence de démocratie. Chez nous, Nicolas Sarkozy incarne parfaitement ce « modèle libéral », et entend – si on lui en laissait le loisir – le pousser jusqu’à l’extrême. Chaque vote pour le Front de Gauche, le 7 juin prochain, sera, en premier lieu, un «carton rouge » à Nicolas Sarkozy.

 

Nous voulons, dans la continuité du NON à la « Constitution européenne » rejetée par 55% des français en 2005, faire de ce vote l’expression du NON de gauche au traité de Lisbonne – cette réincarnation de « l’ex-traité » constitutionnel au sujet duquel le Président de la République a prétendu priver notre peuple de la parole, avec la complicité de la majorité des parlementaires socialistes, verts et radicaux de gauche lors du Congrès de Versailles.

 

Nous voulons une autre voie pour la gauche que celle qui accompagne en France et en Europe, la construction libérale de l’Union européenne en soutenant les traités actuels.

 

Nous voulons affirmer une vision nouvelle de la société et une refondation de l’Europe répondant à l’intérêt général et respectant  la souveraineté populaire.  

 

Nous affirmons, dans cette vision nouvelle, la place centrale du Féminisme comme un élément constitutif de toute transformation sociale.

Changer l’Europe passe par la reconnaissance de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la vie. Pour obtenir une égalité réelle, il faut tirer vers le haut TOUS les droits, et adopter une clause de l’européenne la plus favorisée pour permettre à Chaque femme de pouvoir bénéficier des lois les plus avancées pour les femmes dans les pays de l'Union. L’Europe doit être anti-patriarcale : les femmes doivent pouvoir se faire entendre et participer à égalité aux prises de décisions, avec des lois contraignantes. Les associations féministes doivent être reconnues comme des partenaires sociétales.

Nous demandons que l’Europe lutte contre les violences sexistes, au moyen de loi-cadre contre les violences faites aux femmes. Nous voulons qu’elle fasse respecter le droit des femmes à l’IVG et à la contraception libre et remboursée et qu'elle légifère contre la prostitution.

 

 

Dans cette campagne nous mettons l’accent sur quelques idées force, clairement de gauche et républicaines :

 

-          L’impératif social : Au niveau de chaque nation comme sur le plan européen, tous les instruments disponibles doivent être mis prioritairement au service de l’emploi, de sa qualité et de sa sécurisation, de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et de l’éradication de la précarité ; au service de la promotion des capacités humaines : formation, éducation, santé, culture, recherche, logement, salaire décent, conditions de travail humaines, retraites dignes.

Cela vaut tout particulièrement pour les moyens financiers et les pouvoirs d’intervention des salarié-e-s et des citoyen-ne-s, sans lesquels ces priorités resteraient des vœux pieux. Une logique de gauche doit notamment viser à développer une politique de croissance sociale et écologique et à restaurer les fonctions d’anticipation, de prévision et de programmation de la puissance publique. Cela implique, surtout dans la phase actuelle, la maîtrise du crédit pour orienter la gestion des entreprises dans le sens de ces nouvelles priorités, et ce depuis les régions jusqu’à la BCE. Celle-ci doit être soumise à un contrôle politique – notamment parlementaire – ses missions doivent être transformées pour favoriser l’emploi.

 

Face à la crise, il faut mettre en œuvre un vrai bouclier social au plan européen; engager une harmonisation sociale par le haut; remettre en cause le dogme du libre-échange; développer les services publics et refuser leur privatisation ; soutenir une politique industrielle respectueuse de l’environnement et  qui soit créatrice d’emplois de qualité.

 

-          L’impératif écologique : les engagements réclamés par la communauté scientifique mondiale pour lutter contre le réchauffement climatique doivent être tenus. L’appel aux mécanismes de marché, privilégié par l’union européenne, montre ses effets pervers. La crise ne doit pas servir de prétexte pour retarder les transformations nécessaires.

Un nouveau type de développement doit promouvoir les investissements dans les énergies renouvelables et propres ; les économies d’énergie ; le développement du transfert ferroviaire et de la voie d’eau ; la protection des milieux naturels.

L’Europe doit promouvoir une agriculture paysanne non soumise à la logique productiviste qui garantisse aux agriculteurs des prix rémunérateurs. Il faut tarir les subventions à « l’agrobusiness », maintenir un moratoire sur les cultures OGM et s’inscrire dans une logique de souveraineté alimentaire.

 

-          L’impératif démocratique : la démocratie c’est le pouvoir du peuple. Or les institutions européennes actuelles organisent le contournement des citoyens en confiant des pouvoirs essentiels à des personnes non élues. A l’inverse, nous estimons que la démocratie repose sur la citoyenneté. Quant aux nations, nous sommes d’avis qu’on ne construira pas l’Europe contre elles ni sans elles car la nation républicaine est le lieu privilégié de l’expression démocratique et de la solidarité.

Dans l’Union européenne, aussi bien les politiques de coopération entre les Etats membres que les politiques intégrées doivent être  soumises  au contrôle  de la  souveraineté populaire. Nous nous battons pour une Europe laïque. C'est une des conditions indispensables pour construire un espace démocratique européen qui garantisse la liberté de conscience et l'égalité des citoyennes et des citoyens, quelque soient leurs convictions philosophiques et religieuses. C’est aussi le fondement d’une vision solidaire et pacifique des relations internationales à l’opposé de celle du « choc des civilisations ».

 

-          L’impératif solidaire. Il vaut à l’intérieur de chaque société : lutte contre l’exclusion sociale, la précarité et pour l’égalité effective des droits ; politique de l’immigration respectueuse des femmes et des hommes et particulièrement du droit d’asile ; citoyenneté pour tous les résidents avec droit de vote et d’éligibilité aux élections locales et européennes au même titre que les ressortissants de l’Union Européenne ; régularisation des « sans papiers » dans le cadre d’une politique solidaire de Co-développement. Il vaut naturellement au sein de l’Union européenne, à la fois entre les nations qui la composent et vis à vis des autres peuples du monde. A cet égard, la « directive retour » mérite bien le nom, qui désormais l’affublera jusqu’à sa nécessaire abrogation, de « directive de la honte ».

 

-          L’impératif de la paix. L’Union européenne doit refuser de se laisser embrigader dans la politique militariste des Etats-Unis. Elle ne doit pas tolérer l’installation d’un « bouclier antimissile » sur son territoire, mais doit, au contraire, s’engager fermement en faveur de la relance du désarmement. L’Europe doit rompre avec l’atlantisme et l’alignement sur les Etats-Unis notamment dans le cadre de l’OTAN. Une politique extérieure européenne indépendante doit se fonder sur le droit international, en particulier au Proche Orient : elle doit s’engager de façon résolue – en usant de tous les instruments politiques et économiques à sa disposition y compris le traité d’association Union Européenne / Israël et le statut d’Israël dans le cadre de « la politique de voisinage » – en faveur du respect du droit imprescriptible du peuple palestinien à un Etat viable, souverain et démocratique, sur les frontières d'avant juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, à côté de l’Etat d’Israël dans une reconnaissance mutuelle de ces deux Etats et par tous les Etats de la région. Et en tant que représentants de la France au parlement européen, nous ferons entendre – à l’opposé de la politique de Nicolas Sarkozy -  le projet d’une Europe indépendante, soucieuse de la paix et du désarmement.

 

            Sur la base de ces objectifs, nous voulons faire élire, le 7 juin, un grand nombre de parlementaires du « Front de Gauche pour changer d’Europe » qui siégeront au sein du même groupe de « la gauche unitaire européenne » du Parlement de Strasbourg.

 

En un mot, de même que nous sommes, en France, la gauche qui veut changer la société, de même nous sommes, en Europe, la gauche qui veut promouvoir une autre Europe, utile aux  peuples, utile aux citoyens européens, utile au monde, utile à la paix.

 

 

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12/03/2009
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